Un maqam est bien plus qu’une simple suite de notes

Le maqam est bien plus qu’une simple suite de notes : c’est un cadre vivant pour la mélodie, souvent comparé à un arbre. L’élément mélodique fondamental est le jins (pl. ajnās), qui constitue la base solide de la musique, tandis que les ajnās supérieurs se déploient comme des branches, offrant variété et expression.

Quatre piliers définissent un maqam : un « alphabet » de tons et microtons, des centres de gravité tels que le qarār (point d’ancrage de la mélodie) et le ghammāz (pivot de modulation), la direction mélodique (sāyer) et des modèles mélodiques constituant le vocabulaire de la tradition. Ensemble, ils créent une signature émotionnelle capable d’émouvoir ou de conduire l’auditeur dans le saltana, un état d’extase créative profonde.

Cette structure repose sur les Usul, cycles rythmiques qui font battre le cœur de la musique arabe. Ces rythmes s’entrelacent avec les Tafā‘īl de la poésie, où le mètre musical reflète les syllabes longues et courtes. Le lien entre mot et note donne à la musique une qualité linguistique : le cycle rythmique guide la respiration et le poids de la mélodie, permettant à l’auditeur de « lire » le rythme comme un vers parlé.

La musique arabe classique se manifeste sous une variété de formes, souvent associées à des usul spécifiques. Parmi elles, le Bashraf introduit la wasla (suite musicale) et se compose de plusieurs mouvements (khānāt), traditionnellement exécutés avec de longs cycles rythmiques, bien que des usul plus simples soient apparus au début du XXᵉ siècle. 

Le samā‘ī comporte généralement quatre khānāt et repose sur le cycle rythmique à dix temps samā‘ī thaqīl, la quatrième khana étant jouée sur un rythme différent. Une version plus ancienne, le samā‘ī dārij, apparue au XVIIᵉ siècle, reste largement exécutée selon l’usul dārij. La Longa, partagée avec la tradition turque, est connue pour son tempo rapide et ses multiples refrains, mettant en valeur la virtuosité des interprètes.

Le Taqsim est une forme instrumentale improvisée qui illustre la relation intime du musicien avec la mélodie. Le terme taqsīm trouve ses racines dans la théorie musicale arabe ancienne, désignant à l’origine la scansion (qisma) de la poésie selon la mélodie. Un taqsīm peut être libre de rythme (mursal) ou suivre un cycle rythmique (mowaqa’).